Cannabis En Europe

Les Néerlandais, petits consommateurs de cannabis en Europe

Image sans texte alternatif.
AMSTERDAM

Les Néerlandais comptent parmi les moins gros consommateurs de marijuana ou de cannabis d'Europe malgré la tolérance notoire des Pays-Bas à l'égard de cette drogue, selon une étude régionale publiée jeudi.

Seuls 5,4% des adultes néerlandais prennent du cannabis, contre 6,8% en moyenne en Europe, dit le rapport annuel de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) sur la base des dernières statistiques disponibles.

Des adultes proportionnellement plus nombreux en ont consommé sur une période d'un an en Italie, en Espagne, en République tchèque et en France, indique l'agence européenne.

L'Italie, où la consommation était l'une des plus faibles il y a une décennie (moins de 10%), arrive désormais en tête à 14,6%. Les pays où le taux de consommation est le plus faible sont la Roumanie, Malte, la Grèce et la Bulgarie.

L'usage du cannabis, qui avait régulièrement progressé en Europe au cours des années 1990, s'est stabilisé par la suite et commence à donner des signes de recul sous l'effet de plusieurs campagnes nationales, notent les auteurs de l'étude.

La politique appliquée aux drogues douces aux Pays-Bas, l'une des plus libérales d'Europe, autorise la vente de marijuana dans des "coffee shops" depuis des décennies, sous réserve que la quantité possédée soit inférieure à cinq grammes.

Près du cinquième des 228 coffee-shops d'Amsterdam sont appelés à fermer parce qu'ils sont situés trop près d'établissements scolaires.

Projet de loi de finances pour 2010 : Action Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt)

1. Le France se situe dans la moyenne des évolutions européennes

La France se trouve, avec de nombreux autres pays européens, dans une situation paradoxale. Comme en Espagne, en Angleterre et en Italie, qui sont les seuls pays européens ayant un taux de consommation de cannabis plus élevé que le notre, on assiste en France à une baisse du nombre d'utilisateurs. En 2007, 48 % des jeunes de dix-sept ans déclaraient avoir expérimenté le cannabis contre 42 % en 2009, ce taux étant inférieur à celui de 2000. La politique de coopération internationale de lutte contre le trafic de drogue a sur ce point porté ses fruits, puisque les actions menées en commun avec le Maroc ont permis une hausse importante des saisies dans ce pays, ce qui a limité l'arrivée de cannabis. Si la France est passée de la catégorie des pays à forte consommation à celle des pays à consommation moyenne, force est cependant de constater que son taux reste élevé dans l'absolu, ce qui ne témoigne pas d'un véritable retournement de tendance.

Cette baisse a en outre pour pendant une augmentation inquiétante de la consommation de stimulants, dont la cocaïne, et un retour de la consommation d'héroïne.

Le taux d'expérimentation de cocaïne a ainsi été multiplié par plus de trois en moins de dix ans : 0,9 % des jeunes de dix-sept ans étaient expérimentateurs de cocaïne en 2000, ils sont 3,3 % en 2008. Cette consommation commence par une initiation généralement autour de l'âge de seize ou dix-sept ans, mais concerne principalement les vingt à trente ans, toutes classes confondues, avec une tendance supérieure à la moyenne chez les chômeurs.

Comme toutes les consommations de drogue, celle-ci a des causes multifactorielles. On peut cependant noter qu'il comporte un aspect culturel qui peut s'apparenter à un effet de mode. Les enquêtes conduites par l'OFDT indiquent que la cocaïne jouit depuis quelques années d'une image positive de produit non dangereux et « gérable », susceptible d'apporter une stimulation jugée parfois utile et agréable. Cette évolution des perceptions est particulièrement frappante si l'on en juge par l'augmentation du nombre des fumeurs de cocaïne, ce qui n'est rien d'autre, en réalité, que de consommer du crack. Mais alors que le crack est associé à la marginalité et à la désinsertion, la même pratique, sous un nom différent, bénéficie d'une image positive et se répand.

Le risque lié à la cocaïne est sans doute appelé à s'aggraver. En effet, la cocaïne fumée, agissant directement sur le cerveau, est plus addictive, ce qui accentuera les problèmes individuels et sociaux. Le risque d'accident de la route responsable après avoir consommé de la cocaïne est supérieur à celui lié à la consommation de cannabis, qui est lui-même 1,8 fois supérieur à la normale. De plus, la France est entourée de pays - Espagne, Royaume-Uni et Italie - où la consommation de cocaïne est cinq fois supérieure. Une tendance à la contamination des pratiques françaises par les pratiques voisines, déjà observable dans les zones frontalières, pourrait donc considérablement accentuer, dans les prochaines années, le problème de la consommation de cocaïne en France.

La consommation d'héroïne augmente elle aussi. Elle se trouve associée à la hausse de la consommation de cocaïne car elle est utilisée parallèlement à l'usage de stimulants dans les milieux festifs où la cocaïne a tendance à remplacer l'ecstasy, décrédibilisée par des imitations de mauvaise qualité. On assiste donc à un retour des pratiques d'injection qui posent un véritable problème de santé publique en raison de la diffusion des hépatites C et sans doute également, bien que dans une moindre mesure, du Sida. Le nombre d'overdoses s'accroît lui aussi depuis 2004, alors qu'il avait baissé pendant les dix années précédentes. Cette augmentation particulièrement inquiétante résulte notamment d'un usage de la drogue par une nouvelle génération, qui n'a pas connu les dangers des excès des années quatre-vingt mais aussi, semble-t-il, par des pratiques délibérées de prise de risque.

On ne peut donc que constater la persistance du risque lié aux drogues connues, accentuée par l'émergence de nouveaux risques.

2. Des risques émergents

Le premier risque n'est pas nouveau en lui-même, mais n'a été que récemment appréhendé dans toutes ses dimensions. Il s'agit de la polyconsommation de drogues, sur laquelle l'observatoire européen des drogues et toxicomanie (OEDT) a adressé une « question particulière » aux Etats européens en annexe à son rapport annuel 2009 sur l'état du phénomène de la drogue en Europe. La synthèse présentée par l'observatoire européen établit que la polyconsommation est intrinsèquement liée à la toxicomanie puisqu'elle a pour but soit de « maximiser l'expérience psychoactive », soit, au contraire, « de contrebalancer les effets négatifs d'une drogue ». Dans les vingt-deux pays européens ayant participé à l'étude, parmi lesquels figure la France, 20 % des élèves âgés de quinze à seize ans ont à la fois consommé de l'alcool et fumé des cigarettes au cours du mois précédent. En outre 6 % d'entre eux consomment du cannabis en plus de l'alcool et/ou des cigarettes et 1 % utilisent cette association de substances et une drogue illicite supplémentaire (ecstasy, cocaïne, amphétamine, LSD ou héroïne).Les usagers de cannabis sont également beaucoup plus susceptibles de consommer d'autres drogues illicites que le reste de la population scolaire du même âge.

On note que plus de la moitié des personnes ayant commencé un traitement déclarent avoir un problème avec au moins deux drogues. On distingue trois types de polyconsommateurs : les usagers d'héroïne et de cocaïne, les usagers de cocaïne et de cannabis ou d'alcool et les usagers de cannabis et d'alcool.

L'étude relève enfin que la polyconsommation entraîne un risque accru d'overdose en raison de la difficulté à gérer les effets combinés de différents produits.

En raison de son importance dans le phénomène addictif, la polyconsommation appelle donc une approche en elle-même, au delà de l'approche ciblée sur chacun des produits consommés.

De nouveaux produits apparaissent également sur le marché des produits stupéfiants. On note ainsi une tendance à la consommation de drogues « bio » traditionnelles ou à base de plantes, principalement diffusées au travers de l'Internet. Le contenu extrêmement variable de ces produits ne réduit pas leur danger. Le détournement des médicaments ou produits chimiques appelle aussi une vigilance constante, par exemple le gamma-butyrolactone (GBL),solvant d'usage courant qui se retrouve dans plusieurs produits de grande distribution.Il faut certes distinguer parmi les pratiques nouvelles ce qui n'est qu'un épiphénomène de ce qui est une tendance justifiant une intervention de l'Etat, mais des mesures d'évaluation rapide et des recommandations doivent pouvoir être obtenues au travers de l'agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé (Afssaps) et des agences sanitaires.

Les routes du cannabis

Cette carte, réalisée par le département américain de la Justice, montre les principaux circuits empruntés par le trafic du cannabis. Le premier exportateur de cannabis vers l'Europe est le Maroc : ce pays fournit 90 % du haschish saisi en France. Les cultures n'ont cessé d'augmenter depuis vingt ans : estimées à 30 000 hectares dans les années 80, elles couvriraient aujourd'hui 150 000 hectares, selon une étude de l'Organe contre le crime et la drogue des Nations unies (UNODC). Dans le Rif marocain, la culture de cannabis rapporterait de dix à cinquante fois plus que la culture céréalière.

En Europe
des politiques différentes selon les pays

Dans tous les pays européens, le cannabis (trafic et détention) est illégal et interdit en vertu des conventions internationales. Cependant, tous les pays n'ont pas la même politique vis-à-vis du cannabis.

Certains, comme la France, la Finlande, la Grèce ou la Suède sanctionnent sévèrement son usage (jusqu'à des peines de prison). D'autres, comme le Luxembourg, le Royaume-Uni ou la Belgique ont assoupli leur législation.

Et en Italie, en Espagne ou au Portugal, ce n'est plus une infraction de se trouver en possession d'une petite quantité (quelques grammes) de n'importe quelle drogue ; mais la substance, qui reste prohibée, peut être saisie et l'usager recevoir une amende et perdre son permis de conduire.

Les Pays-Bas représentent un cas à part. Leur loi n'aborde pas la question de la consommation de cannabis mais elle pénalise, comme la loi française, la possession de toutes les drogues, y compris le cannabis.

Les 846 « coffee shops » dans lesquels toute personne majeure peut se procurer et consommer jusqu'à cinq grammes de cannabis sont révélateurs d'une certaine forme de tolérance… non inscrite dans la loi. Néanmoins, depuis quelques années, les autorités se font moins permissives : la quantité négociable de cannabis dans un « coffee shop » est passée de 30 grammes (avant 1996) à 5 grammes et un certain nombre d'entre eux ont fermé (leur nombre a diminué de 15% entre 1995 et 1999) suite à un renforcement des contrôles.

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Dernière mise à jour de cette page le 14/01/2010